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Le temps qui reste

Le temps qui reste - Samuel Grace

Il y a des choses comme cela, qui font que lorsque nous sommes jeunes, nous ne comprenons pas réellement les choses qui sont faces à nous. On s’adonne facilement au jugement et à la moquerie, sans chercher à comprendre les réactions de certains aînés, face à des phénomènes étrangers pendant notre jeunesse, et qui, lorsque le temps nous rattrape, pour nous marquer, nous revoyons facilement notre bêtise d’antan, nous faire signe pour nous rappeler certains de nos actes. Aujourd’hui, après tant d’années de labeur et de don de soi, je me retrouve face à moi-même, et face à ma vieillesse, sans pouvoir ne broncher, ni y faire. Le temps avait su largement porter sa marque sur toutes les parties de mon corps. Je suis face à la grande glace de ma salle de bains, et face aussi au constat de mon impuissance à combattre. Les milliers de taches brunes peau sont comme des traces de tampons, où la signature du temps se pose dessus, au fur et à mesure que les taches brunissent de plus en plus. Je suis à la veille de mon départ définitif de cette maison, qui avait été bâtie auparavant par mon père, et pour qui aujourd’hui, je dois céder la place à un de mes enfants.

Mes enfants étaient tous présents ce matin-là pour m’emmener dans ce que j’appelais ma tombe. Ils avaient trouvé un village non loin d’ici où il était possible de louer des petites maisons avec un service intégré. Des personnes venaient le matin faire mon déjeuner, m’apportaient le dîner à midi, ainsi que le soir, le souper. Entre-temps, différentes personnes allaient s’occuper de mon intérieur, que ce soit physiquement, ou dans cette maison. Je n’avais que le reste du temps à vivre à espérer que l’on vienne me rendre des visites, ou alors, à aller bavasser avec des personnes encore plus âgées que moi, pour ne dire que des choses inutiles. J’étais pourtant en très bonne forme, et je pouvais encore espérer vivre 10 ans, sans ne gêner personne dans ma propre maison. Pourtant, une réunion familiale à mon insu en décidera autrement. Je n’avais jamais jeté mes parents, je ne comprenais pas comment mes enfants puissent le faire pour moi. Lorsque j’arrivais, une jeune femme m’aidait à me déshabiller pour poser mes affaires sur la patère. Après quelques formalités, j’étais dans mon nouveau chez-moi, et je n’avais plus qu’à regarder le temps passer.

À propos de l’auteur :

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